Au milieu de ce tohu-bohu général de la Foire de Maurs (Cantal) , nous avons aperçu une petite jument de trait (10 mois) les yeux en boule complètement aveugle, perdue parmi tous les autres chevaux, absolument désemparée et anéantie par sa présence en ce lieu de misères. Très vulnérable, craintive cette pouliche bouleversée, n'arrêtait pas de se faire mordre et d'être malmenée par un autre co-détenu et à la moindre morsure se tapait plusieurs fois dans les barrières de son enclos. Ne voyant rien, tout ne pouvait qu'amplifier sa peur. Ce jour-là tout se décomposait pour elle ! Une tristesse immense nous étreignait en observant cette malheureuse dont on ne pouvait qu'envisager l'avenir noir, court et lamentable. A la vue de cette infortunée, nous imaginions les maux terribles qu'allait endurer cette inoffensive jument. Les scènes hideuses et violentes de l'embarquement, les centaines et centaines de kilomètres parcourus longuement, douloureusement et l'effroyable réalité de l'abattoir où à coups de bâton on conduira brutalement la malheureuse devant son bourreau. Le tumulte des idées était tel que notre coeur refusait cette situation inadmissible et monstrueuse. Personne ne se préoccupait de cette malchanceuse, aucune pitié n'était à espérer de la part de ces maquignons et bouchers endurcis et insensibles. Ce sont des gens durs, chez qui la passion de l'argent remplace tout. Des gens vils et bas qui n'ont jamais pu penser que leurs captifs pouvaient être au supplice et souffrir. On ne pouvait laisser ainsi cette petite jument de trait, notre coeur parla plus fort que notre raison, tout nous était égal et nous l'avons achetée. Nous ne pouvions accepter cette injustice criante : cela aurait été un crève-coeur pour nous ! Dans la foulée nous sauvons aussi un malheureux âne qui allait immanquablement partir pour devenir du salami. Nous voilà donc avec ce poulain de trait et cet âne à 900 km de Couvin et ne disposant que de notre voiture ! (devant les innombrables péripéties administratives et face au trajet extrêmement long nous n'imaginions vraiment pas sauver un équidé là). Comment réussir à les amener chez nous ? Nous avons dégotté à 25 km de ce village perdu dans |